Récidive 1938 - Michaël Foessel

Publié le 16 avril 2026 à 13:36

« L’Histoire ne se répète pas, elle bégaie ». C’est dans cette veine que Michael Foessel nous retrace le récit de cette année cruciale que fût 1938. Parcourant la presse de l’époque, le philosophe français nous fait revivre la chute du Front populaire, l’avènement de Daladier, les accords de Munich, et surtout, l’irrésistible basculement des démocraties européennes dans l’engrenage des renoncements successifs. L’ouvrage se lit d’une traite. Bien écrit et documenté comme il en convient, « Récidives » se situe à la croisée des mondes d’hier et d’aujourd’hui.

Au-delà même de l’aspect historique, c’est pourtant la dimension politique du livre lui-même qui nous interroge. Qui nous déplaît. Penser le présent à l’aune de l’histoire longue est essentiel pour surmonter les écueils que nous posent les enjeux d’aujourd’hui. Pourtant, cette volonté d’ancrer notre contemporanéité à tout prix dans ce temps long a ses limites : celles de réduire l’inédit au déjà-vu, au point de ne pas prendre la mesure de ce qu’il y a de nouveau dans ce que nous vivons présentement. Nous ne sommes pas dupes : derrière les sous-entendus grossiers d’un Foessel qui n’y va pas avec les pincettes, l’objectif de l’ouvrage n’est pas autre chose que de lier la montée du fascisme de l’époque aux mouvements nationaux qui émergent aujourd’hui partout en Europe. Pas une simple comparaison, nous dit-il, même si on sent bien que derrière un écran de fumée intellectualisant, la visée du bonhomme nous paraît pourtant claire ! Sur fond de crise des réfugiés — avec les accords d’Évian en 38 — et de réductions du champ démocratique, Foessel tente de faire cadrer les années trente avec les populismes qui renversent une à une les citadelles imprenables de la pensée dominante.

Une tentative qui nous semble hasardeuse, au point d’en rendre la démarche dangereuse. En effet, la question des réfugiés telle qu’elle se pose aujourd’hui n’a rien à voir en nombre et n’est sans commune mesure identique avec ce que l’Europe sera amenée à digérer au vu des flux migratoires à venir. De simples projections démographiques devraient convaincre les plus sceptiques de l’idiotie qui consiste à systémiquement voir dans les années 30 la source de ce que nous vivons. Nul rapport quantitatif. Nul rapport qualitatif non plus. En effet, nul n’a décrété la supériorité d’une race quelconque ni défini dans son programme la conquête d’un espace vital.

Assimiler le réveil des peuples d’Europe aujourd’hui à la situation des années 30 est profondément malhonnête, et permet à la gauche se continuer de criminaliser une révolte de grande ampleur. Le terme « récidives » relève d’ailleurs du champ lexical de la médecine, nous dit fièrement Foessel. Encore et toujours les mêmes procédés qui poussent l’analyse à se perdre dans ses phantasmes les plus fous sur la soi-disant bête immonde qui serait de retour. Comparaison n’est pas raison. Pire, Michael Fossoel tombe dans un travers qui caractérise une bonne partie de son bord politique : celui de prendre son aveuglement idéologique pour de la lucidité. Il ne faut pourtant pas être historien pour comprendre que la montée du nazisme, fascisme et autres épouvantails des temps passés n’ont strictement rien à voir avec l’émergence de mouvement populaire partout en Europe.

C’est presque délirant de devoir le dire, alors que dans les milieux universitaires, on jargonne pour se convaincre de ces âneries. Les questions que se pose l’Europe aujourd’hui sont démographiques. Elles concernent son identité. Son rapport au monde. À l’Islam alors même qu’elle arrive au bout d’un processus de sécularisation massive qui aura déchristianisé jusqu’à ses fêtes les plus importantes. Foessel en écrivant « Récidives » fait plaisir à la bien-pensance qui est trop contente de cantonner sa critique à ce genre d’erreurs de perspectives. Pour continuer à penser à côté de la réalité. Contre elle. Jusqu’à quand ?

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