Le peuple de droite a voté ! Et en masse de surcroît. Tambour battant, les notables des Républicains pérorent à qui veut bien l’entendre que ce 20 novembre fût sans conteste une vraie réussite démocratique. À droite toute pour 2017 !
Avec Fillon ou Juppé. On devrait s’en réjouir, mais pourtant, rien n’y fait. À l’heure des confusions, ne serait-il pas temps de remettre un peu d’ordre dans nos idées. De droite, Juppé, Fillon, Sarkozy et consorts ? Le conseiller le plus influent sous la Ve République émet quelques doutes… L’ancien conseiller du président – Patrick Buisson —, confident jusqu’aux dernières heures de celui qui a annoncé son retrait de la vie politique hier soir, a sorti un ouvrage incendiaire il y a quelques mois, chargeant son ancien maître de tous les maux. Après une lecture attentive des près de 450 pages du volumineux ouvrage, les intuitions de cet ancien soutien de Jean-Marie Le Pen se révèlent assez pertinentes pour éclairer le premier tour des primaires qui ont eu lieu ce 20 novembre 2016.
Tout d’abord, contrairement à ce qui a été systématiquement relevé par les journalistes de l’Hexagone, La cause du peuple est à des années-lumière d’un roman-feuilleton, dont on passe les chapitres comme de croustillants épisodes d’une série à suspense. Ce n’est pas rien de le dire si l’on a en tête le traitement médiatique de la caste journalistique française qui s’en est arrêtée à la lecture des 30 premières pages – pour les plus téméraires – faisant fi de tout l’intérêt politique que constitue l’ouvrage. En présence d’une dense analyse politique augmentée d’un regard aiguisé porté sur un quinquennat (2007-2012) gagné grâce à une campagne présidentielle jouée à droite, c’est un pavé dans la mare aux canards qu’a jeté là un Patrick Buisson au meilleur de sa forme, et dont le style reste inégalé jusqu’ici par ses fades contemporains.
Au-delà d’une crue description du court-termisme d’un président en mouvement perpétuel ( le fameux bougisme !), d’un manque profond de convictions et d’une utilisation abusive des idées comme simples leviers de pouvoir, Buisson nous dépeint un homme caractérisé par tous les marqueurs idéologiques propres au libéralisme, acquis au mondialisme, au multiculturalisme, à l’individualisme… et à tant de – isme que l’auteur du livre constate avec désillusion au fil des jours que constituent ce quinquennat pour rien.
Le fond de l’ouvrage de Buisson détonne de par une longue réflexion politique qui attaque de front le clivage droite-gauche tel qu’il nous est proposé actuellement.
En effet, il opère une distinction entre la droite de convictions d’une part, dont l’essence remonterait aux droites d’Ancien Régime et la droite libérale d’autre part. La première est résolument enracinée, conservatrice, décentralisatrice et sociale. La seconde, progressiste, mondialiste et favorable à la marchandisation totale de tous les domaines de l'activité humaine. Cette dernière n’est classée à droite que parce que la première disparaît du spectre politique dès la fin de la Seconde Guerre mondiale. Au libéralisme triomphant, écrasant tout sur son passage, cette droite traditionnelle n’a plus rien à opposer. L’Union soviétique et, par voie de conséquence, la coupure du monde en deux blocs étouffera définitivement toute tentative de retour à cette droite antilibérale, aujourd’hui — hors les murs — qui prendra la poussière. À terre, certes, mais pas définitivement pardi!
Buisson explique talentueusement que ce phénomène de déplacement de la gauche vers l’espace vidé de sa substance à droite a d’abord débuté avec la naissance de la gauche marxiste, poussant à droite tout le libéralisme originel. Les radicaux par exemple, nés à l’extrême gauche, seront poussés progressivement vers le centre-gauche. C’est ce qu’Albert Thibaudet appellera le « sinistrisme ». En somme, des partis naissants à la gauche de la gauche et repoussés tour à tour vers la droite de l’échiquier politique au fur et à mesure que la multiplication de l’offre politique dans le camp progressiste s’effectue.
Actuellement, c’est le phénomène inverse qu’on voit s’opérer sous nos yeux. Les nouvelles idées – venues jusque-là de la gauche – proviennent dorénavant de la droite, repoussant par voie de conséquence les partis libéraux vers la gauche. On peine à imaginer tous les contours de ce processus politique inouï tant il est lourd de conséquences pour une génération pour qui libéralisme économique et libéralisme culturel se situaient de part et d’autre du clivage politique! Clivage dont l’imperméabilité est de moins en moins évident.
Ce phénomène inverse au sinistrisme porte le nom de dextrisme. Il s’agit tout simplement d’une renaissance idéologique de la droite, lieu de naissance d’un nombre d’idées qui font florès à l’heure actuelle dans le débat politique (immigration, identité, religion, valeurs traditionnelles, lutte contre la marchandisation du corps…) poussant assez logiquement une droite libérale (que Buisson qualifie « de situationnelle » puisque la vraie droite ne peut être que la sienne) vers le centre-droit, voir même vers la gauche.
Pour illustrer le propos, il suffit de citer deux noms qui incarnent cette connivence de fait en France: Macron et Juppé. Deux libéraux, européistes, tenants de la mondialisation heureuse pour ne citer que ces quelques thèmes qui constituent autant de sujets de convergence entre les deux hommes.
Parce que la droite de Buisson – la droite buissonnière s’entendent dire certains avec malice, rappelant par là tout le Panthéon de la droite littéraire – est une droite antilibérale, attachée aux valeurs et aux racines de son pays. C’est une droite conservatrice, dont le projet social repose sur la Doctrine sociale de l’Église (La Tour du Pin, Albert de Mun et l’encyclique Rerum Novarum…). Une droite disparue du panel que constitue l’offre politique en France, mais dont la renaissance s’esquisse au fil des jours.
Une droite qui affirme le primat du collectif sur l’individuel, portant l’héritage de la civilisation judéo-chrétienne à bout de bras. C’est cette droite, étrangère au jargon technocratique, et qui méprise la droite dont le marqueur le plus fort ne réside que dans la revendication d’une baisse d’impôt. Nécessaire cette baisse d’impôt, certes, mais bien loin de constituer un projet de civilisation à la hauteur des évènements, il va sans dire !
Une droite dont la férocité décapante tranchera avec un politiquement correct ambiant, dont la langue de bois érigée en discours politique se pense se suffire à elle-même !
Parce que ce 21e siècle annonce peut-être une recomposition profonde du clivage politique telle que l’envisage Buisson. Et si le populisme était à comprendre à l’aune de cette effervescence idéologique de droite, désireuse de reprendre sa place dans les débats ?
Ce que l’ancien conseiller de Sarkozy tente de mettre en forme, c’est le bon logiciel électoral, à même de répondre aux enjeux de demain. Un projet en béton, dont il reste à trouver les hommes pour en hisser haut les couleurs. Une droite classique, en somme, renouant avec son passé pour mieux envisager l’avenir.
Un appel pour la France, qu’il serait judicieux d’entendre aussi outre-Quiévrain !
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