God save not the Labour nor the Tories!

Publié le 7 avril 2026 à 14:04

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Alors que la France s’enlise dans ses querelles de partis, ses grèves et ses blocages, le Royaume-Uni, lui, bouillonne. Malgré un système électoral verrouillé par le sacro-saint first-past-the-post, censé protéger le bipartisme, une mutation so British est en cours : les deux grands partis historiques, le Labour et les Tories, sont en train de se faire balayer sous nos yeux.

L’élection partielle de Caerphilly, le 23 octobre 2025, en est la preuve éclatante. Dans cette circonscription galloise, travailliste depuis près d’un siècle, tout semblait joué d’avance : le Labour devait l’emporter les doigts dans le nez. C’était sans compter la désaffection massive que connaît le parti. Le parti de Keir Starmer s’effondre à 11 % des voix – troisième, derrière Reform UK et le Plaid Cymru. Une humiliation pure et simple dans une terre rouge historique, où il culminait encore à 46 % quatre ans plus tôt.

En tête, c’est le Plaid Cymru, parti de centre-gauche à forte teinte régionaliste, qui crée la surprise en remportant le siège. Son leader, Rhun ap Iorwerth, prenait sa plume le lendemain des résultats et publiait une tribune dans The Guardian pour souligner que ce succès venait d’un message de proximité, d’un enracinement local et d’une alternative crédible — loin du populisme de Reform. Bla bla bla, il a surtout profité de la nullité des travaillistes. Pour eux d’ailleurs, le symbole est violent. Caerphilly, c’était le cœur battant du travaillisme gallois, un siège longtemps considéré comme absolument « imprenable ». Et pourtant, en un scrutin, les deux forces dominantes se sont effondrées. Les Conservateurs, réduits à 2 % des voix (une chute de 15%), ne pèsent plus rien. Le Labour, lui, sort par la petite porte, déconnecté de ces vallées post-industrielles où le chômage, la précarité et la lente agonie des services publics nourrissent désormais la colère.

Et le mouvement ne s’arrêtera pas là. Le Senedd Cymru — le Parlement dévolu du Pays de Galles, qui légifère sur la santé, l’éducation, le logement, l’environnement et dispose de pouvoirs fiscaux — va connaître, dès 2026, une réforme électorale majeure. Le nouveau scrutin proportionnel répartira 96 sièges entre 16 circonscriptions, chacune élisant 6 membres via la méthode D’Hondt. Selon les projections, Reform UK pourrait y remporter 25 à 30 sièges avec environ 30 % des voix, s’imposant comme l’opposition officielle. Une rupture dans un pays longtemps étouffé par le bipartisme.

Ce qui se joue aujourd’hui au Royaume-Uni est passionnant : Reform UK, moqué hier, s’installe dans la durée, tandis que les régionalistes gallois démontrent que le vote local peut encore triompher. Il ne faut pas se tromper : Caerphilly n’est pas un accident ; c’est un avant-goût d’une politique qui retrouve enfin du sens. Une politique redevenue authentiquement politique : défendant des visions du monde radicalement différentes, assumées et clivantes.

À l’heure où ces lignes sont écrites, on apprend la victoire surprise du parti de Javier Milei aux élections législatives argentines, malgré tout ce qui a été dit, redit et surcommenté dans une presse traditionnelle qui confond l’analyse du réel avec sa volonté d’imposer ses idées. Au Royaume-Uni, en Argentine comme partout ailleurs, la claque fait mal à ceux qui ne voulaient pas voir que l’ère de la vieille politique est terminée.

Et ça fait du bien !

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