Zack Polanski, l’éco-populiste britannique qui surfe avec les islamistes

Publié le 7 avril 2026 à 13:33

Alors que l’écologie politique recule dans une grande partie de l’Europe continentale, le Alors que l’écologie politique recule dans une grande partie de l’Europe continentale, le Royaume-Uni fait figure d’exception. Tandis que les partis verts traditionnels sont affaiblis par des querelles internes, une ligne floue et une perte de crédibilité (pensons à l’absurdité du positionnement anti-nucléaire), le Green Party of England and Wales connaît une progression spectaculaire dans les sondages et les intentions de vote.

Au centre de cette dynamique se trouve Zack Polanski, nouveau leader des Verts britanniques, élu en septembre 2025 avec près de 85 % des voix. Peu connu du grand public européen, Polanski incarne aujourd’hui une recomposition idéologique assumée : celle d’un éco-populisme, selon ses propres mots, qui rompt clairement avec l’écologie bon chic bon genre à la sauce Marie Lecocq et celle, consensuelle, carrément guimauve, du style de Cogolati. La campagne menée par Polanski tranche radicalement avec les codes écologistes traditionnels. Nouvelle identité visuelle, typographie modernisée, ton plus agressif et surtout désignation claire d’un adversaire principal : Reform UK, le parti de Nigel Farage, aujourd’hui largement en tête selon tous les instituts de sondage du pays.

Zack Polanski se définit lui-même comme juif, gay et végan, usant à l’extrême de ces mots pour revendiquer un progressisme total. Il fait tout pour incarner un contre-modèle au projet du populisme de droite. Populisme contre populisme : tout est fait pour évincer les vieux partis britanniques, dépassés par cette nouvelle tactique dont la redoutable efficacité se démontre chaque jour. Sous sa direction, les Greens sont passés de résultats électoraux marginaux à des niveaux inédits dans les sondages, flirtant désormais avec les 15 à 20 %. Une hypothèse inimaginable il y a encore quelques mois.

Pour illustrer le style du personnage, un épisode a brièvement parasité cette mécanique bien rodée. Lors d’une intervention médiatique, Zack Polanski a déclaré à propos du secteur des soins : “One in five care workers are foreign nationals. I don’t know about you, but I don’t particularly want to wipe someone’s bum.” (« Un travailleur du care sur cinq est étranger. Je ne sais pas pour vous, mais moi, je n’ai pas particulièrement envie d’essuyer les fesses de quelqu’un. »). Rapidement qualifiée de fausse note, il a dû rétropédaler, s’excusant de la violence de son propos. Elle révèle néanmoins le ton Polanski : volontairement brutal, clivant, parfois choquant, assumé comme un outil politique pour provoquer.

Pour le reste, Zack Polanski ne se contente pas d’attaquer le Labour sur le terrain symbolique : il le vise frontalement sur le fond. Il accuse le gouvernement travailliste de mener une politique inhumaine en matière d’immigration, indigne de la gauche, et de s’être aligné sur une logique restrictive héritée de la droite. Dans le même temps, il fustige une taxation des plus riches beaucoup trop faible, dénonçant un Labour devenu complaisant envers les grandes fortunes. Immigration et fiscalité deviennent ainsi des armes centrales pour délégitimer la social-démocratie et siphonner son électorat.

Cependant, derrière ce discours de rupture et ce progressisme de façade, se dessine une réalité bien plus préoccupante quant à l’évolution idéologique des Greens et aux compromis qu’ils semblent désormais prêts à accepter. Les élections locales de mai 2024, notamment à Leeds, en ont offert une illustration saisissante. À cette occasion, Mothin Ali, élu conseiller municipal sous l’étiquette officielle du Green Party, a présenté sa victoire comme « une victoire pour le peuple de Gaza », ponctuant son discours de « Takbir » et de « Allahu Akbar » (« Dieu est le plus grand »). Si une enquête interne a été ouverte, elle n’a nullement freiné sa progression : loin de prendre leurs distances, les Greens ont continué à le promouvoir, jusqu’à lui confier des responsabilités nationales. Un signal fort de complaisance politique envers des discours communautaires qui dépassent largement le cadre écologique. Cet héritage politique, qui sonne comme une véritable compromission, n’est pas remis en cause par Zack Polanski. Au contraire, il sait mieux que quiconque que l’instrumentalisation de la question palestinienne est payante pour aller chercher des voix qui ne se seraient jamais portées sur des écolos !

À Birmingham, la même logique s’est exprimée de manière plus indirecte mais tout aussi révélatrice. Des candidats indépendants ouvertement pro-Gaza, issus de milieux communautaires musulmans, ont émergé à la même période, usant à l’envi lors de leur campagne de la dénonciation de la position du Labour concernant le conflit israélo-palestinien. Une posture qui interroge lourdement la responsabilité politique des Greens dans la légitimation de candidatures communautarisées.

En somme, pour les Greens, c’est soit l’intégration des éléments les plus problématiques, soit le choix d’un soutien tacite pour ne pas faire d’ombre aux candidats pro-palestiniens.Au cœur de cette dynamique se dessine une recette électorale désormais assumée. Elle repose sur la convergence de deux électorats distincts mais complémentaires, arithmétiquement du moins : d’une part, des électeurs de gauche déçus par le Labour, lassés par l’effacement idéologique et les ambiguïtés de la social-démocratie ; d’autre part, une mobilisation communautaire forte, structurée autour de causes identitaires et internationales, au premier rang desquelles Gaza. Pris séparément, ces segments restent minoritaires ; combinés, ils permettent d’obtenir des résultats électoraux significatifs, y compris dans des bastions historiquement acquis au Labour. C’est précisément cette stratégie que les Greens britanniques mettent en œuvre de manière consciente, et qui semble, pour l’instant, fonctionner.

Cette évolution met en lumière une ironie politique majeure. La gauche traditionnelle, et en particulier le Labour, a longtemps joué la carte du communautarisme de manière diffuse, pensant pouvoir en maîtriser les effets. Elle se retrouve aujourd’hui dépassée par ses propres héritiers, qui exploitent cette logique de façon bien plus frontale, tout en bénéficiant de la décrédibilisation profonde de la gauche sociale-démocrate. La gauche de gouvernement croyait perdre des voix uniquement au profit de la droite populiste ; elle se découvre désormais prise en étau par sa gauche, concurrencée sur son propre terrain électoral et symbolique.

Ce schéma dépasse largement le Royaume-Uni. En France, Jean-Luc Mélenchon applique une stratégie comparable : capitaliser sur l’effondrement de la gauche historique tout en allant chercher, de manière assumée, le vote communautaire, quitte à relativiser, voire à sacrifier, des principes structurants comme la laïcité. L’agitation de symboles, drapeaux palestiniens, rhétorique militante radicalisée, devient un instrument central du combat politique, destiné à maintenir un monopole électoral sur les populations d’origine étrangère, au prix d’un abandon progressif de l’héritage d’une gauche qui bouffait du curé, mais dont la virulence antireligieuse s’apaise comme par magie devant les barbus de l’islamisme.

C’est ici que la contradiction devient la plus visible. Sur son profil X (ex-Twitter), Zack Polanski affiche ostensiblement le drapeau LGBT, symbole d’un progressisme sociétal revendiqué. Mais cette identité progressiste peut-elle réellement résister à la stratégie communautaire que son propre parti est en train de consolider ? Rien n’est moins sûr. En cherchant à agréger des électorats dont certaines références culturelles ou religieuses entrent objectivement en tension avec ces combats sociétaux, les Greens prennent un risque de schizophrénie politique. La question politique majeure qui se pose désormais est la suivante : est-ce que Polanski arrivera à récupérer assez de voix du côté des électeurs travaillistes déçus, en se passant des bastions islamisés, au point de continuer à revendiquer son homosexualité, par exemple ? Ou sera-t-il broyé, à son tour, dans les inévitables contradictions que son camp est en train de vivre un peu partout en Europe ?

Seule la suite le dira. Mais quiconque fait preuve d’un peu de lucidité face à ces grandes tendances peut supposer que la route vers les prochaines élections sera tout sauf un fleuve tranquille. Comme on dit outre-Manche, et partout ailleurs, when you play with fire, you get burned. On ne pourra pas dire qu’on n’aura pas prévenu.

Ajouter un commentaire

Commentaires

Il n'y a pas encore de commentaire.