Le Hussard sur le toit, de Jean Giono

Publié le 22 octobre 2026 à 11:45

Le Hussard sur le toit est un livre dont j’entends parler depuis très longtemps. C’est vraiment une référence que j’ai toujours entendue citer, souvent parmi les livres préférés, les grands romans, les œuvres qu’il faudrait avoir lues. J’avais essayé de le lire il y a trois ou quatre ans. Je l’avais acheté, j’avais lu quinze ou vingt pages tout au plus, et ça m’était un peu tombé des mains. Je n’avais pas trouvé ça très bon. Mais quinze ou vingt pages, évidemment, c’était très peu pour me faire une réalité de la qualité de cette œuvre de Jean Giono. Je l’ai donc repris. Et ce que j’en tire, d’abord, c’est une capacité folle à créer une atmosphère. Pour moi, il y a deux choses dans Le Hussard sur le toit. La première, c’est l’atmosphère, l’ambiance. Je pense que je n’ai jamais eu chaud en lisant des pages décrivant la chaleur comme Giono le fait, surtout au tout début. La canicule immense qui s’abat sur la Provence, les villes, les routes, la poussière, les corps, la maladie : tout cela est prodigieusement installé.

Le choléra ravage la région et, par moments, on est presque dans une sorte de demi-roman post-apocalyptique. On est entre Walking Dead et La Peste, si on veut. Un monde qui semble s’écrouler tout autour du personnage principal, Angelo, jeune officier piémontais qui traverse ce décor presque vidé de sa normalité. Et là, je trouve que Giono est très fort. Les villes, la chaleur, les toits sur lesquels Angelo va se cacher, les quarantaines, les barricades, les malades, les morts, l’impression que le monde entier a été déréglé par l’épidémie : tout fonctionne. Le passage sur les toits est d’ailleurs, pour moi, un des moments les plus réussis du livre. Je pensais même, au départ, que cette situation allait durer beaucoup plus longtemps. Finalement, elle n’occupe qu’une partie relativement courte du roman. Angelo se cache, observe, descend, se retrouve pris dans cette ville malade, puis participe aux soins des personnes touchées par le choléra. Tout ça est vraiment très réussi. Et pourtant, je dois quand même le dire : j’ai été déçu. Je suis déçu de ce livre parce qu’on est tiraillé entre l’atmosphère, le voyage, l’aventure, et en même temps une forme d’ennui assez profond. Peut-être que je n’étais pas dans les bonnes conditions pour l’approcher. Peut-être que quelque chose m’a échappé. Mais j’ai trouvé ça assez ennuyeux, très, très long. Je trouve que c’est très bien écrit, mais pas prodigieusement bien écrit. C’est-à-dire que je trouve que la forme n’est pas non plus à ce point incroyable qu’il faille tomber de sa chaise. Et le fond, une fois qu’il a été installée, et il faut quand même dire qu’il est prodigieusement installé, finit par s’étirer. Une fois les cent premières pages passées, j’ai eu l’impression qu’il ne se passait plus grand-chose. Angelo passe de personne en personne, d’endroit en endroit, avec des relations qui sont, somme toute, assez basiques. Je n’ai pas été convaincu. Et je suis assez déçu parce qu’on rentre parfois en littérature avec énormément d’attentes. On se dit que ça doit être fantastique parce que beaucoup de gens trouvent ça fantastique. Et puis on en sort sans avoir compris pourquoi on aurait dû l’être autant. C’est un peu le contraire de ces livres qu’on a aimés immensément et qu’on a presque peur de relire. Parce qu’on sait qu’on pourrait être déçu. J’ai déjà eu ça avec certains livres : une première lecture qui vous transporte, puis une deuxième qui vous laisse complètement à distance. Avec Giono, c’est autre chose : j’y suis arrivé avec beaucoup d’attentes, et je suis sorti avec l’impression que le livre n’était tout simplement pas tout à fait à mon goût. Je ne pense pas que ce soit un mauvais livre. Je pense que ça reste une belle œuvre. Mais je ne la trouve pas du tout à la hauteur de ce que j’attends finalement de la littérature. Le profil d’Angelo, notamment, ne m’a pas transporté. Et c’est peut-être ça, au fond, le problème principal. Lui se transporte à travers la Provence, mais moi, je ne l’ai accompagné que de loin. Je n’ai jamais eu envie d’être son camarade. Je n’ai jamais eu envie d’être à ses côtés pour vivre les épreuves qu’il traversait. J’ai toujours gardé une distance particulière avec lui, sauf peut-être au moment de la quarantaine sur les toits. Là, j’ai vraiment trouvé qu’on touchait à quelque chose. Après, je trouve qu’on se perd plutôt. Et je dirais même qu’on finit par passer un peu à côté du livre à cause de sa longueur. Je n’aime pas dire ça d’un livre, parce que c’est évidemment très présomptueux, d’autant qu’on n’a jamais écrit soi-même un roman pareil. Mais je trouve que Le Hussard sur le toit est probablement 40 à 50 % trop long. Et je ne parle pas de petites longueurs. Je parle de moments de pesanteur très longs, auxquels j’ai tenu uniquement dans l’attente d’un mieux. J’attendais un rebondissement, un regain, quelque chose qui relance véritablement l’affaire. Et ce mieux ne venant pas, je me sentais à chaque fois un peu déçu, un peu ennuyé du non-rebondissement général. Il y a des tensions créées autour de certains personnages qui m’ont semblé presque artificielles, puis qui disparaissent. La relation avec Pauline, elle non plus, ne m’a pas profondément intéressé. Je n’ai pas trouvé ça très creusé. Et forcément, quand je mets ça en comparaison avec Balzac, je ressens encore plus cette différence. Dans la construction littéraire balzacienne, j’ai le sentiment qu’on sait où on va.

 

 Avec Giono, je trouve qu’on ne sait pas où on va. Et peut-être que c’est précisément l’idée. Peut-être que l’idée qui sous-tend fondamentalement le texte consiste à nous projeter dans une sorte d’univers qui n’a plus beaucoup de sens, au sens directionnel du terme. On sait plus ou moins où on doit aller, mais il existe une liberté presque narrative permanente, une absence de trajectoire évidente. Peut-être que c’est volontaire. Mais moi, comme lecteur, je finis par m’y perdre. Et au lieu de ressentir cette liberté comme quelque chose de grisant, je l’ai ressentie comme quelque chose de pesant. Je vais d’ailleurs essayer de ne pas être trop long sur ce livre, puisque je reproche précisément à Giono de l’avoir été. J’écris ces quelques mots avec un peu de distance, probablement un ou deux mois après avoir refermé la dernière page. Et ce qui me reste, très clairement, c’est que j’avais hâte de passer à autre chose. J’avais hâte de retrouver un scénario narratif construit, dans lequel je savais où j’allais. Peut-être que c’est plus rassurant. Peut-être même que c’est une faiblesse que j’ai à l’égard de la littérature. Mais là, pour le coup, je ne voyais pas où on allait. Et ça m’a vraiment dérangé. Ça m’a bloqué. J’ai trouvé que c’était trop long pour la direction trop incertaine qui nous était promise.

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