BoJo, pour les intimes, à renversé la baraque en décembre dernier. En balayant largement tous les pronostics, l’homme fort des Tories s’est débrassé des unionistes un peu gênants du DUP nord-irlandais en même temps que du sulfureux Corbyn! C’est d’une pierre deux coups pour celui qui a repris les rênes d’un parti conservateur mal en point. Aussi, de l’autre côté de l’Atlantique, c’est le Congrès américain qui faisait des siennes, votant le procédure de destitution du président Trump à cause de supposées pressions faites à l’égard de son homologue ukrainien.
Une procédure qui s’apparente probablement à un véritable suicide politique pour le camp démocrate, qui faute d’attaquer l’outsider républicain sur le plan politique, risque de se prendre une belle raclée lors du scrutin de l’année prochaine. D’ailleurs le président américain triomphait au milieu de ses supporters pendant le vote. Il y a de quoi : les études d’opinion démontrent un soutien solide auprès d’une large partie de la population. Un coup de mèche, et c’est tout le « polically correct » qui risque de se prendre une deuxième pelle en 2020 ! Deux évènements commentés par la presse jusqu’à l’écœurement - à l’instar des repas de Noël qui se succèdent et qui obligent à ouvrir quelques boutons - mais qui démontrent par eux-mêmes la capacité de Boris et Donald de faire face à la tempête d’unanimisme médiatique avec leur lot d’experts autoproclamés pour dégueler leur conformisme. Que ce soit contre le gauchisme des plus crasses ou contre la bien-pensance libre-échangiste, faut- croire que la troisième voie populiste plait de plus en plus. Ne pourrait-on d’ailleurs pas dire que c’est la seule internationale qui vaille encore ! Je retombais sur un bouquin de Paul Magnette, « Quand l’Europe déraille » des éditions Luc Pire (2017). L’actuel président du Parti socialiste revenait sur le fameux « moment wallon » que fût le refus par Namur de ratifier l’accord de libre-échange avec le Canada.
Le rejet du CETA (Comprehensive Economic and trade Agreement) constitua un point culminant de la dernière législature PS-CdH. Le président du Parti socialiste avait tenu bon contre la tempête médiatique qui s’abattit contre lui. Fort d’un parlement wallon qui avait joué son rôle – celui de lire les textes qu’on lui soumettait, et en l’occurrence l’accord du CETA – la gauche francophone décida de ne pas ratifier l’accord alors même que l’ensemble des parlements de l’Union l’avaient fait ! Seul contre tous, Magnette se mis à la tête de cette fronde inédite. A lire l’épopée relatée dans son livre, on est quelque peu partagé. Nous avons l’habitude d’être plutôt critique à l’égard du PS. Critique à l’égard de leur bilan calamiteux, qu’il s’agisse de la catastrophe économique ou aux affaires qui touchent encore aujourd’hui un bon nombre de mandataires socialistes. Critique, donc. Et pourtant… avec un peu de recul, nous somme plus partagés. D’autant plus partagés qu’à l’inverse, les attaques de la « droite » ne furent pas à la hauteur des enjeux. Faisant fît des conséquences calamiteuses des tribunaux d’arbitrages privés et de la disparition des protections à nos frontières, les implications économiques d’une telle ratification auraient été catastrophiques pour notre agriculture en particulier. De plus, on accuse souvent la gauche de sombrer dans le pathos pour défendre une position en manque d’arguments.
Ici, c’est tout le contraire qui s’est passé ! Le PS a pour une fois joué la carte « politique » alors même que les libéraux, principalement canadiens, n’ont pas fait preuve de beaucoup de sérieux. On se souvient des larmes de la ministre canadienne Chrystia Freeland devant les bâtiments des institutions wallonnes. On se souvient aussi du chantage à l’apocalypse - en cas de non-ratification - qui rappellent étrangement les menaces que l’establishment proférait à l’égard de ceux tentés par le vote Trump ou par le Brexit. Drôle de retournement que celui-ci! Cette histoire est intéressante pour comprendre le ratage complet de la droite à l’égard des ces grands traités de libre-échange. Dans l’ensemble des pays européens, à côté d’une gauche a-phone, ce sont les droites patriotes qui refusent de tels traités qui contreviennent aux intérêts de leurs nations. C’est le cœur de notre raisonnement. En effet, l’on ne peut auréoler Trump quand il pourfend le libre-échangisme au nom des intérêts américains. On ne peut applaudir les Anglais quand ceux-ci décident de larguer les amarres en quittant l’Union européenne. L’on ne peut pas rêver de mener des politiques à contre-courant sur les questions migratoires comme le font les Polonais et les Hongrois.
On ne peut pas plébisciter tout cela, et ne pas accepter que Magnette avait raison de se dresser seul contre Trudeau le progressiste ou contre la Commission européenne. C’est d’ailleurs toute l’ambiguïté de la chose : comme aucun populisme n’existe de ce côté-ci de la frontière linguistique, on est emmerdé quand c’est un socialiste qui prend les choses en mains en refusant cet accord imbécile qui aurait offert nos économies aux géants d’Outre-Atlantique sur un plateau d’argent. Loin du panégyrique à la gloire de Magnette, c’est plutôt contre le conformisme des élus de droite, et des mouvements dits-de-droite en Belgique, que nous devons relire cet épisode politique qui a déplacé le centre de gravité de la politique européenne à Namur comme un moment d’irrévérence suprême ! Les Mousquetaires de Dumas auraient forcément aimés en être. Et pour cause : les petits comptables de la droite bien-propre se sont couchés dans l’espoir de gagner quelques points de PIB supplémentaires, qu’au demeurant personne ne pouvait prouver !
C’est ce que nous montre Paul Magnette en nous relatant ces quelques jours où la pression internationale fut intense. « Quand l’Europe déraille » fait partie de ces livres politiques éclairant qu’on doit relire quelques années après les faits. Il nous donne une petite leçon de politique, et démontre par l’inexistence d’une opposition digne de ce nom en pays francophone, qu’il y a du pain sur la planche !
Ajouter un commentaire
Commentaires