Diplomate. Conseiller. Directeur général de la politique étrangère en Belgique. Représentant permanent auprès de l’Union européenne. Chef de cabinet d’Yves Leterme, puis d’Herman Van Rompuy à la présidence permanente du Conseil européen. Enfin, comme gentilhomme de cour auprès de Roi, le baron Frans Van Daele a eu autant de vies que de couloirs traversés et de pays parcourus. L’ « échiquier du pouvoir » est le livre-mémoire de celui qui aura côtoyé les plus grands tout le long d’une vie au service de son pays, la Belgique. Epais de trois-cent pages, ce dense recueil de souvenirs laisse toutefois sur sa faim.
En effet, avec un titre évocateur comme celui-là, le lecteur était en droit se s’attendre à une leçon de politique comme on aime les entendre de la bouche ( et de la plume !) de ceux dont l’Histoire se mêle avec tant d’insistance à leur vie. Il n’en est pourtant rien : Van Daele s’échine davantage à remercier ses compagnons de route, proches du CVP où celui-ci milita dans sa jeunesse. Un livre consensuel et flatteurs pour ceux dont le nom noirci sur l’une des pages qui le compose est savamment accompagné d’un petit compliment. Très diplomate le baron ! Il ménage les uns et les autres, faisant par ailleurs des quelques décennies de carrière auprès des plus hautes instances internationales une suite d’évènements qui connaitront presque tous d’heureux dénouements. C’est peut-être cela qui déçoit : l’observateur attentif de la vie politique belge et européenne n’apprend pas grand-chose. Et pour cause : de nombreux sujets sont traités à la surface, faisant de la lecture du livre une sorte de revue de presse sans grand intérêt. Les portes menant aux coulisses resteront désespérément closes à ceux qui désirais pourtant entrapercevoir quelques silhouettes dans les salons feutrés. A sa décharge, nous étions prévenu dans l’Avant-propos, même si nous ne cherchions pas forcément de « règlement de compte » ou de « révélations croustillantes » comme Van Daele le dit. Nous étions toutefois en droit d’obtenir sous sa plume autre chose qu’une succession de lieux communs. Diplomate, encore et toujours, il réhabilite le Roi Philippe en faisant valoir ses qualités intellectuelles : la mémoire de Jean Calas et la lecture de Piketty devrait convaincre la Royaume de ses capacités à régner.
Qu’on puisse douter de cette défense un peu maigre qui ne semble pas à même de convaincre les sceptiques dont nous ne sommes pourtant pas. On peut toutefois le lui pardonner pour les quelques pages sur la civilisation européenne, au sujet de laquelle on n’entend que trop peu nos responsables politiques s’y référer avec autant d’admiration que Van Daele. D’Homère aux académiciens français, le diplomate nous donne la preuve d’une érudition que l’on ne peut qu’apprécier pour sa profondeur. Cet homme de lettres, polyglotte, nous dresse aussi le portrait d’une Belgique qui n’existe plus. C’est sans doute là que l’ouvrage recèle d’éléments captivants. Un plat pays dont les institutions s’affaissent sous les coups de boutoirs du nationalisme flamand. Pire, et la confession qu’il nous fait à la toute fin de l’ouvrage nous arrache les mots de la bouche : « la douce vague de la mélancolie en songeant au temps jadis » est totalement de circonstance. Effectivement, en décrivant la Belgique de papa, celle des géants démocrates-chrétiens qui occupaient les sièges des parlements et des ministères, celle du multilatéralisme assumé, celle dont l’enthousiasme européen débordait ses frontières, Van Daele décrit cette réalité qui n’apparait plus qu’à l’écume des choses : un souvenir lancinant que la réalité reflue avec une vigueur retrouvée. Le monde d’hier prend l’eau, et celui qui vient doit déboussoler un homme qui incarne la fin du 20ième siècle.
C’est sur cette note que se termine un ouvrage clair-obscur écrit par cet l’homme de l’ombre. Quoi qu’on en pense, et quoi qu’on en retire, avec des mémoires de ce type, l’échiquier du pouvoir est bien gardé !
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