Plaidoyer pour un populisme - David Van Reybrouck

Publié le 16 avril 2026 à 13:36

Trônant en bonne place sur l’une des nombreuses tables d’une librairie bruxelloise, le dernier ouvrage de David Van Reybrouck a attiré mon regard. Poux ceux pour qui ce nom ne dit rien, il est l’auteur du fameux « Congo, une histoire », ainsi que d’un bouquin intitulé « Contre les élections ». Le premier est admirablement bien écrit, mêlant le récit historique au témoignage, il permet une immersion en plein cœur de l’Afrique.

Le second avait pour intérêt de déplacer le débat sur la démocratie en le projetant dans les contrées incertaines du tirage au sort. Bref, après ces deux ouvrages de qualité qui sortaient du lot des bizarreries et du surréalisme à la belge, un plaidoyer pour un populisme ne pouvait que m’enthousiasmer, venant de cet auteur flamand prolifique. Un regard, de « gauche », que je pensais (pourtant) des plus aiguisés, et dont j’avais espoir qu’il ajoute un « plus » à ces querelles byzantines sur ce mot devenu valise de « populisme ». Comment aborder le populisme, lui, le progressiste dont le cœur balance entre son mépris clairement affiché pour sa version de droite - au sujet duquel il reprend d’ailleurs à la pelletée l’ensemble des éléments de langages surannées de la gauche médiatique - et son envie d’être dans le coup ! Il nous tartinera d’ailleurs deux pages sur ce que devrait être le populisme « qui ne hurle pas, mais qui parle ». Autant dire que Van Reybrouck s’exprime bien là pour ne rien dire, tentant de redéfinir un concept qui lui échappe largement.

En atteste d’ailleurs sa réflexion sur la question de la scolarisation de l’électorat - montrant d’ailleurs ce qui a déjà été démontré mille fois ! - à savoir que les mouvements populistes recueillent les voix des moins diplômés. Merci pour l’info ! Sa version du populisme est édulcorée. Pire : elle est mâtinée d’un gauchisme culturel insupportable qui prolonge les errements diversitaires au point de ne plus rien comprendre du sujet qu’il prétend traiter. Il croit qu’en soupoudrant la représentation nationale de non- diplômés, le contenu des politiques changera. Grande illusion que celle-ci, puisque ni la couleur, ni le sexe, ni l’ancien statut social d’un parlementaire n’est en soi une politique. Y ajouter les non-diplômés, comme il le préconise, n’est autre qu’un leurre imbécile, une idéalisation mal placée d’une classe qu’il méconnait, et à laquelle il attribue des vertus dignes des images d’Epinal véhiculées par le régime soviétique. La représentation pour la représentation fait partie de cette batterie de mesures démagogiques dont l’arsenal intellectuel de la gauche culturelle déborde. C’est d’autant plus ridicule qu’il se contredit tout seul en insistant, au chapitre suivant, sur le statut des leaders populistes.

Les moins scolarisés votent pour des diplômés, parfois dotés d’un doctorat ! Mazette ! On n’y comprend plus rien, David ! Noyé dans ses contradictions dont le manque de hauteur des solutions qu’il propose ne permettent pas de sauver son propos, ce « Plaidoyer pour un populisme » écrit avec les pieds, et pensé sans la tête, s’essouffle au point de se demander comment son auteur sortira des affres de ce naufrage. Un vrai thriller, quoi! Tout le long des cent maigres pages que constituent l’ouvrage, on ne comprend pas bien où l’auteur veut en venir. On s’interroge. On cherche le fil en se demandant quel objectif il semble bien vouloir atteindre en ajoutant son plaidoyer à la masse de ceux qui se consacrent déjà pleinement au sujet. Van Reybrouck, en terminant par trois pages intitulées 1830 ou 1930, tente de nous montrer ce qu’il aura vainement tenté de réaliser : rattacher le populisme au socialisme du milieu de 19 ième siècle. On ne l’avait pas vraiment compris. Et pour cause ! Caractéristique de l’erreur des dizaines de livres consacrés au populisme, celui de Van Reybrouck n’échappe pas à la règle. S’il ne nous assomme pas ( au moins !) en psychologisant les populistes, déviant la discussion politique sur le plan médical, ce plaidoyer constitue malgré tout l’une des tentatives les plus ratées du genre .

Omettant systématiquement de concentrer l’analyse sur le contenu, il s’en tient à une analyse brinquebalante, cachant mal son incompréhension des classes populaires dont il en dépeint le profil avec un mépris mal dissimulé : celui d’un ethnologue savant qui prend ses clichés pour la réalité. Celui d’un intello de « gauche » qui dépeint des Tania et des Kevin qu’il ne fréquente pas, alors même qu’il aurait dû analyser sa propre classe, et tenter de déceler les raisons de la défiance du peuple à son égard. On n’y aurait trouvé là bien plus d’intérêt ! Notons au passage que malgré leurs études universitaires, lui et l’ensemble de ses copains n’arrivent pas à imaginer le sentiment de dépossession économique et culturelle que ressent le peuple, et qui constitue pourtant la clé centrale du populisme. Le ras-le-bol du moralisme élitaire qui consiste à prendre les gens qui subissent les transformations du monde pour des ploucs est la tâche aveugle des Van Reybrouk & Co. Cinq ans d’études et des doctorats n’auront pourtant pas permis à l’ensemble de ces experts de comprendre les ressorts véritables du phénomène, au point d’enfiler à la suite un nombre incalculable d’erreurs de jugement dont la pertinence est inversement proportionnelle à la grossièreté du propos.

Ce livre, passablement inutile et décousu au point d’en comprendre l’objectif raté à la dernière page, démontre par-lui-même qu’une partie de l’élite intellectuelle est larguée. Ce livre dont le titre aurait pu s’appeler plaidoyer pour soi-même, aurait permis à son auteur d’être au clair avec sa démarche : celle d’un écrivain qui n’avait rien à dire sur le sujet, et qui aurait mieux fait de continuer avec ses thèmes de prédilections. Nous aurions évité le pire.

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