Belgium, une utopie pour notre temps - Philippe Van Parijs

Publié le 16 avril 2026 à 13:36

Professeur et chercheur de l’UCL, c’est à lui qu’on pense quand la question du revenu universel est évoquée dans les débats. Philippe Van Parijs a tout d’un penseur iconoclaste. Son ouvrage « Belgium » fait partie de ces quelques exceptions dans le paysage politique belge: là où règne le confondant conformisme, Van Parijs tente d’apporter sa pierre en pensant notre pays, et ce, à l’heure où les informateurs patinent et peinent à concilier des partis dont les exclusives semblent être devenues la norme de notre bien curieux plat pays.

Comment sortir – par le haut s’entend – la Belgique de cette impasse inévitable dans laquelle il se trouve désormais ? C’est ce à quoi tente de répondre l’éminent professeur. On tourne les pages. On note quelques chiffres, mais les réponses tardent toutefois à arriver. Pire, les quelques innovations présentées comme tel ne nous semblent pas à même de relever les défis d’un pays victime de ses forces centrifuges. Ayant balayé un peu rapidement, et du revers de la main, la possibilité d’une scission, c’est l’esprit presque tranquille qu’il s’attèle à énumérer ses quelques idées sensément être son utopie. Circonscription fédérale et européenne. Répartition des compétences en mode « Cappuccino». Généralisation de l’anglais comme langue de communication. Fusion des communes bruxelloises.

Belgique à quatre régions. Faut dire qu’en atteignant le point final d’un ouvrage qui se termine à la page 167, le lecteur enthousiaste s’en retrouve quelque peu décontenancé. Et il y a de quoi pardi ! Rien d’exceptionnel, rien de neuf dans l’inventaire ! Rien qui ne semble à même de clouer le bec aux prophètes qui annoncent à qui veut l’entendre - dans les trois langues nationales en plus ! – que c’est plié, terminé, fichu. Que le dépôt de bilan arrive, répartition des bijoux de famille et de l’ardoise comprise. Nous voilà doublement sur la paille : un pays en décomposition et des solutions qui ne masqueront pas les odeurs putrides qui en émanent. Van Parijs se méprend deux fois. D’une part, il ne comprend pas la résurgence des peuples, pétris d’orgueil et de fiertés, et dont le cocorico national recouvre et recouvrira encore tous les discours pseudo-savants qui s’en tiennent à huiler à la marge quelques rouages institutionnels. Il est à côté de la plaque, d’autant plus qu’il ne comprend pas que l’époque est au « narrative », au storytelling, au retour des grands récits pour emballer la marmaille. Après la start-up nation dont on sent bien qu’elle ne prend que dans le périmètre de l’Elysée, nous voilà dans la start-up tout court : celle d’une grande salle de réunion aseptisée où tout l’monde cause globish ! Ensuite, la philosophie même de son projet tend à omettre le point suivant : il ne centre l’analyse que sur Bruxelles.

En défendant bec et ongle une généralisation de l’anglais qui, comme maximin linguistique nous dit-il, constitue le Salut du Royaume, Van Parijs ne comprend pas qu’il prêche la métropole qui n’a pas attendu ses lumières pour s’internationaliser. En effet, il défend comme utopie ce qui relève de l’évolution économique de nos sociétés : une fracture entre des métropoles où se concentrent la production de la plus-value économique et financière et celle d’une province ringardisée et paupérisée. La province des oubliés, celle qui vote pour l’extrême drouaaate ! En défendant la métropolisation comme utopie des temps nouveaux, le discours de Philippe Van Parijs feint d’ignorer les conséquences tragiques de l’approfondissement du fossé entre une ville internationale et le reste du pays.

En définitive, ce livre doit nous alerter puisque l’utopie proposée n’en est pas une. Avec pour seul bagage quelques ajustements institutionnels, Van Parijs ne réenchante rien. Pire : il contribue à démontrer par l’absurde que même les intellectuels sont bloqués dans ce pays trop complexe, au point de ne plus arriver à le penser au futur !

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