« Transformer une révolution en renaissance ». C’est sur ces mots que se termine cet ouvrage d’Hamish McKenzie consacré à Tesla. La « success story » d’Elon Musk, créateur d’entreprises dont l’ambition déborde désormais au-delà même de notre planète bleue, doit sa réussite et son capital à l’essor du net. En revendant deux sociétés avant même que la bulle n’éclate en 2000, cet entrepreneur débordant d’imagination a accumulé de quoi concrétiser ses projets les plus fous.
McKenzie, l’auteur du livre édité aux éditions Eyrolles connait son sujet sur le bout des doigts. Et pour cause : il a passé un an dans l’entreprise avant d’en conter l’histoire. Décidé à prendre sa meilleure plume sous laquelle se succèdent une rare densité d’informations, c’est un pari réussit pour ce journaliste de San Fransisco. Un propos dense auquel nous avons pourtant constaté un oubli de taille : derrière les rachats ingénieux, les coups de com’ et les obstacles surmontés par Elon Musk, on s’étonne d’une absence totale du nerf de la guerre technologique dans laquelle les grandes puissances se sont pourtant allègrement engagées : celle des métaux rares. Il est devenu impossible de traiter de l’avenir des voitures électriques sans se questionner sur la composition des batteries pour les faire rouler ! Les perspectives boursières ne pèsent que trop peu face à cet aspect du problème que l’auteur occulte au point de rendre son objet dérisoire. On s’en étonne, d’autant plus que le livre revient largement sur la crise pétrolière, balayant du revers de la main les prophètes de malheurs et autres collapsologues de service. Non, la fin de pétrole n’est pas pour demain.
Oui, la transition énergétique précédera la fin du pétrole. L’essor de la voiture électrique dépend largement du géant chinois, dont on sait désormais qu’il planifie massivement cette transition en imposant des quotas dans son parc automobile pour booster sa demande intérieure. Guillaume Pitron, journaliste français, a produit un travail fascinant sur les coulisses de ces énergies propres dont il est maintenant incontestable qu’elles portent assez mal leur nom. En effet, à côté des visages rayonnants des nouveaux gagnants de la Sillicon Valley et leurs bureaux bien propres, la Chine retourne ses terres pour en extraire les métaux qui permettront de faire le monde de demain.
C’est la tâche aveugle du livre : la division du travail traditionnel qui consistait à laisser à l’Occident la maitrise technologique est révolue. C’est d’ailleurs là que McKenzie passe à côté d’un élément fondamental : la Chine n’est pas qu’un concurrent parmi d’autres comme il l’entend dans l’un de ces chapitres. Elle est la clé qui permettra d’opérer cette grande transition technologique, en prenant déjà l’entièreté des stades de productions en main allant de l’extraction des matériaux jusqu’à la conception des voitures. Il faut savoir que la Chine dispose de 95% des terres rares nécessaires à la fabrication des batteries électriques qui seront chinoises à plus de 80% cette année. Celui qui contrôle les mines contrôle l’industrie, disait très justement Pitron. De quoi se questionner fondamentalement sur la communication tapageuse d’un Musk qui risque fort d’être arrêté dans son ascension si la Chine décide de bloquer l’approvisionnement de métaux rares. Le paradoxe est qu’il a toujours été possible de se fournir en ressources dans des pays politiquement plus faibles. C’est dorénavant le contraire qui vient ! Au-delà même de l’aventure Tesla, l’idée selon laquelle le monde de demain ne se fera pas entièrement en Californie commence à émerger progressivement. Il faut parier sur des changements géopolitiques majeurs.
Des changements qui ne vont pas forcément dans le sens du greenwashing tapageur dont la réalité est systématiquement occultée. Des changements qui rendent caduques les appels naïfs des Greta et des autres. Des changements qui risquent de faire de Tesla et de son représentant une tentative qui ne pèsera pas lourd dans un monde où la voiture électrique sera intégralement produite en Chine. C’est l’impensé de l’ouvrage : celui d’une révolution qui ne dépend pas que d’ambitieux entrepreneurs, mais d’une politique de puissance qui se déploie de manière fulgurante. D’une politique d’Etat qui mise sur du long- terme, prenant le contrôle sur la transition énergétique de demain. Pour le bonheur des uns, et le malheur des autres !
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