En voilà là tout un programme ! C’est du moins ce que nous propose Bruno Colmant, économiste bien connu et membre de l’Académie Royale de Belgique.
Cet homme coutumier des médias reste un écrivain prolifique. Il avait surtout attiré notre attention lors de la publication de l’un de ses derniers ouvrages consacrés à l’euro. Il s’attelait à ce titre à produire une critique lucide de la monnaie unique en proposant un diagnostic complet afin de coucher sur papier quelques solutions pour sortir de l’impasse dans laquelle l’Union était prisonnière depuis 2008. Nous nous étions dit que les débats sur les questions monétaires n’avaient pas vocation à rester confinée en l’Allemagne où ce genre de discussion sont importante. L’hyperinflation des années 20 et le drame qui suivit sont là pour nous confirmer que la valeur d’une monnaie relève des questions vitales pour la locomotive européenne. Du coup, parler de cela dans le plat pays qui est le nôtre permettait de donner un peu d’oxygène à des débats trop souvent étouffants ! Ce coup-ci, Bruno Colmant tient l’époque dans son viseur. Tirant tous azimuts, il enfile les sujets comme on enfilerait des perles : mondialisation, capitalisme, néo-libéralisme, populisme, fiscalité.
On en passe et des meilleurs, car à la lecture de la table des matières, le fil reste difficile à démêler. Des chapitres inégaux, une trame qu’on peine à cerner. Des solutions qu’on rangerait tout au plus au rayon des apories. Décidément, à force de vouloir tout traiter, on finit par donner un résultat décevant ! L’économiste nous propose une esquisse de l’histoire du capitalisme qu’on a déjà lu maintes fois sous sa plume, au point de se demander s’il ne s’est pas magistralement emmerdé à l’écrire une fois encore. Son admiration pour Weber, et l’utilisation de son concept phare « d’affinité élective » s’avère d’ailleurs étrangement remis au goût du jour au point de tordre le sociologue allemand d’une manière qu’il n’aurait probablement aucunement approuvé. Les vieilles marottes de Colmant sont répétées à l’envi au point d’oublier la raison de leur évocation. Pire : on retrouve presque deux fois le même passage sur le « déductif » et l’« inductif » des cultures européennes. Une bis repetita qui nous permet de nous demander si ce dernier livre n’est pas avant tout un assemblage incertain de morceaux qui ne font pas sens mis bout à bout. Ce qui déçoit particulièrement le lecteur attentif que nous sommes concerne son étonnant manque de hauteur. Lui qu’on sait pourtant si vif, ce livre écrit trop vite n’ouvre aucune perspective intéressante.
Il annonce l’État stratège : on a un vague chapitre sur la culture générale à l’école. Il nous annonce la restauration d’un culte de l’intérêt général : on se retrouve avec quelques idées de taxes mille fois débattues. Les Gilets jaunes sont mis en lien avec la gestion austéritaire de l’euro : il ne va pas au-delà de cette proposition qui aurait amplement mérité d’être développée. Il énonce tout de go que le populisme serait le fruit du capitalisme anglo-saxon sans qu’aucune démonstration n’en soit faite. Bref, tout cela donne au lecteur l’impression d’être en face d’une copie non aboutie. Cet étonnant ratage nous montre peut-être que le « réenchantement de l’Europe (lui qui aime tant Weber !) ne passe sans doute pas par un discours purement économique comme il le propose maladroitement. Les perspectives d’avenir, le retour à la confiance et la volonté de surmonter les obstacles qui se dressent devant nous nécessitent une autre approche : c’est sans aucun doute ce que Colmant manque tristement ici. Alors que nous pensions disposer de quelques clés pour comprendre notre temps, nous voilà laissés sur le chemin avec quelques mesurettes fiscales. Des mesurettes qui ne seront jamais à même de redonner la force à cette vieille Europe de relever la tête et d’avancer.
D’avancer. Comme elle l’a toujours fait jusqu’à présent.
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