Quel étrange sentiment que celui de se faire piéger par l’apparence d’un livre, son titre et un quatrième de couverture qui laissaient présager une énième bonne dystopie ! Étrange également de trouver cela excellentissime avant d’arriver à la centième page et de finir profondément déçu par la pauvreté de la réflexion, le manque de hauteur et surtout, la facilité d’écriture qui permet de définir ce que l’on peut considérer comme un très mauvais livre. L’auteure, Diane Ducret, est surtout connue pour ses ouvrages sur les « Femmes de dictateurs » qui auront trouvé un public certain.
Dans son dernier roman intitulé la « Dictatrice » qui trône en bonne place dans les librairies, elle se propose de nous retracer cette fois-ci l’histoire d’une certaine Aurore Henry. Cette inconnue sortira de l’anonymat lors des manifestations contre les régimes nationalistes au pouvoir dans une Europe ruinée et divisée par eux. Il faut tout de même insister sur la vision convaincante du vieux continent déchiré par ses rivalités internes et qui poussèrent ses chefs d’État à en disloquer l’Union sous le coup de boutoirs de la droite nationale qui aura eu gain de cause. Tout commençait bien. Vraiment bien. Penser l’après-populisme nationaliste pour tenter d’en percevoir les limites, et surtout les voies de sortie : c’était ambitieux !
Ce sont les premières pages qui laissent croire que Diane Ducret voit loin. Plus loin en tous cas que ceux qui se sont cantonnés à décrire l’avènement des nationalismes au pouvoir, poussant trop souvent leurs fantasmes au-delà même de la raison politique. Une description pleine de justesse fait du début de sa lecture un petit plaisir pour les amateurs du style dystopique politique. Ducret voit loin, mais s’arrête net à la centième page. C’est là que la déception commence. Pire : que les défauts qu’on décèle çà et là et qu’on accepte généralement ne sont pour ce coup-ci pas tolérables. SS1, Grolling, 2033 : voilà là les mots et les références qui obligeront le lecteur à redescendre d’une euphorie un peu trop vite atteinte. Une redescente qui sera d’autant plus violente que la soudaineté du coup de massue nous est porté à livre ouvert ! Ducret voit très court au point de proposer une réécriture grossière et édulcorée de l’avènement du nazisme. Un attentat relaté qui aura visé l’héroïne de cette étrangeté littéraire aura vite fait de transformer les espoirs européistes et pacifiques de la militante des débuts en une véritable soif de pouvoir de cette insatiable dictatrice. Tout sonne faux désormais, et pour cause : la militante qui voulait réunifier l’Europe derrière un projet, soutenu par quelques gros investisseurs et hommes de presse, se voit dépeinte comme une version féminine du Führer.
On quitte les rives du plausible pour s’embarquer violemment dans le « n’importe quoi » généralisé. Un petit moment coquin avec son homologue russe et quelques pages sur le sexe féminin devait-il convaincre le lecteur de l’intérêt de ce livre dont on ne voit que trop les fils ? Ce livre épais ne dit presque rien d’intéressant. Aucune fulgurance, pas de bons mots. De la platitude sur près des quatre cinquièmes de ce livre qu’on referme d’ailleurs avec empressement, tant le sentiment d’avoir été trompé est fort !
L’ouvrage se termine grossièrement en 2045, comme si le coup de grâce n’avait pas encore été donné. Ce qui est sûr, c’est qu’il laisse aisément penser qu’on aurait préféré le voir se terminer plus tôt !
Ajouter un commentaire
Commentaires