Une étude sur l’immigration et le multiculturalisme au XXIe siècle : voilà ce que nous propose l’auteur de cet épais ouvrage réédité aux Éditions de l’Artilleur il y a quelques mois. Paul Collier est professeur d’économie à Oxford et a été directeur de recherche sur le développement à la Banque Mondiale. Loin de faire jouer l’argument d’autorité, il n’empêche que sa plume incite à prendre un peu de hauteur sur toutes ces questions brûlantes.
C’est d’ailleurs tout le sens de la démarche d’Exodus : faire triompher les faits sur les valeurs qui surdéterminent les positions prises concernant les politiques migratoires. Il balaye d’ailleurs définitivement cette idée qui consiste à dire qu’être contre l’immigration relève forcément du racisme : en prenant l’exemple du million de Polonais arrivé au Royaume-Uni dès 2010, il en démontre surtout les conséquences économiques. Cette brique de près de quatre cents pages sort du lot par l’utilisation de nombreuses études qui permettent d’étayer le propos. Collier revient en autres sur celles du sociologue de Harvard, Robert D. Putman qui lie l’immigration » avec le constat d’une augmentation de la défiance mutuelle.
Tous les indicateurs relatifs à la confiance générale d’une société, ainsi qu’au sentiment d’appartenir à une communauté civique avec tout ce que cela implique, démontre que le paradis multiculturaliste défendu bec et ongle par la gauche tend précisément à produire le contraire des vertus supposées de ce système.
« Le grand partage multiculturaliste est un leurre »
C’est fondamental, puisque la diversité impliquerait une diminution drastique du sentiment d’appartenance commune (jusque-là, rien de neuf sous le soleil !), ce qui permettrait d’expliquer l’effondrement du consentement au financement de la redistribution. En somme, les politiques multiculturalistes promues par la gauche impliqueraient de facto une baisse de la volonté de participer au pot commun. C’est essentiel, car Collier retrace les courbes descendantes à partir des années 60. Au Royaume-Uni, on tombe de 58 % en 1991 à 28 % en 2012 de personnes se déclarant favorables à la hausse des impôts pour augmenter la part de la redistribution. La faute à Tatcher ? Pas uniquement, mon général ! Les chercheurs démontrent un lien de corrélation entre ces chiffres et le modèle multiculturaliste dans lequel il n’est plus évident d’aider le voisin par le biais des politiques redistributives. Les applaudissements au balcon en pleine crise sanitaire n’étant que peu de choses face à une société qui se fracture progressivement, au point de refuser les transferts vers les plus nécessiteux, ceux-ci étant assimilés à des « étrangers ».
On ne consent à payer que pour ceux qu’on reconnaît comme faisant partie de la communauté. Le grand partage multiculturaliste est un leurre. Ensuite, le point sur la police britannique, non armée, est également intéressant. Avant les années 2000, un accord tacite existait entre la police et les malfrats : no guns ! C’est la fameuse image des bobbies sans armes se promenant au bord de la Tamise. Cet accord était respecté jusqu’à récemment. Dans les années soixante, un homme avait fait usage d’une arme pour abattre un policier. Le tollé fut général et la réponse ne se fit pas attendre : ayant enfreint l’accord, son réseau criminel l’avait tout simplement lâché en refusant de l’aider à se planquer.
Cela avait poussé l’individu à se rendre auprès des autorités. Une autre époque, au vu de l’ensauvagement général de la société britannique aujourd’hui, où les coups de feu dans les rues de Londres sont désormais monnaies courantes.
«Le modèle promu par la gauche est un fantasme »
Paul Collier engrange les points : au fil des pages, les liens se font et la description d’une situation hors de contrôle, apparait. Des tensions imminentes sur la non-intégration économique des nouveaux arrivants à la ghettoïsation progressive de diasporas en refus d’assimilation, l’auteur d’Exodus en appelle aux autorités publiques pour inverser ces choix politiques catastrophiques. Les ouvrages d’universitaires sur la question commencent à émerger malgré la prise d’otage des campus par la gauche. Collier démontre que tout ce sur quoi reposent les modèles multiculturalistes et immigrationnistes contredit la réalité au point de faire de celle-ci un véritable enfer. Un livre salutaire, pour dire ce qui est. À lire !
Ajouter un commentaire
Commentaires