Robert Putnam est incontestablement un sociologue fascinant. Il a consacré sa vie à l’étude du capital social aux États-Unis, son pays natal. Pour faire simple, cela englobe le niveau de confiance et de coopération dans une société. En classant quelques dossiers, je suis retombé sur son article de 2007 intitulé Diversity and Community in the 21st Century.
Au premier abord, rien d’extraordinaire : des graphiques s’enchaînent, les références à des études scientifiques se multiplient. Mais soudain, je me suis rappelé pourquoi je l’avais mis de côté : Putnam brise, en toute tranquillité, le lien supposé entre solidarité et diversité, deux concepts que la gauche associe naturellement, alors que la réalité montre qu’ils sont en fait négativement corrélés. Et cet article le démontre avec rigueur scientifique. En bref : plus une société est diversifiée, moins les individus qui la composent sont incités à coopérer et à interagir entre eux. Tiens, tiens…
Conforté par mes origines libanaises, qui m’offrent une perception différente — pour ne pas dire carrément plus critique ! — des limites des sociétés multireligieuses et multiculturelles, je percevais depuis longtemps le paradoxe d’une société où les mots « solidarité » et « vivre-ensemble » sont répétés à l’envi, alors que l’on verrouille ses portes comme jamais et que la méfiance règne dans nos rues. Fini le temps où l’on pouvait laisser un vélo sans cadenas devant chez soi !
Robert Putnam faisait en réalité exploser une bombe intellectuelle dont les effets n’ont sans doute jamais été aussi actuels. Et il ne se contente pas de le dire : disons-le franchement, le sociologue ne se réjouit pas du résultat de ses recherches, mais face aux faits, il ne fait pas comme certains de ses contemporains qui passeraient cela sous silence pour ne pas dédire un parti idéologiquement engagé. Qu’il s’agisse de facteurs économiques, d’inégalités sociales ou de positionnements politiques, Putnam affirme sans équivoque que le facteur multiculturel et multiethnique est prégnant et surdéterminant dans l’effondrement de la confiance mutuelle et du capital social dans une société « diverse ».
L’analyse des échantillons observés est sans appel : son constat se vérifie tant chez les libéraux (au sens américain, les Liberals) que chez les conservateurs. Autrement dit, défendre certaines idées n’empêche pas le sentiment de méfiance vis-à-vis de l’Autre. Incroyable, non ? Les bobos de gauche planqués dans des bâtiments barricadés à Molenbeek ne vous diront pas le contraire ! Une école pour leurs enfants ? Sans trop de diversité, s’il vous plaît !
Ce qui est frappant, c’est que ce constat américain n’a jamais vraiment trouvé d’écho sur le Vieux Continent. On pourrait presque dire que la gauche, qui célèbre l’immigration et la société multiculturelle à longueur de journée, ignore qu’elle crée les conditions d’un basculement inverse. Rien n’échappe à cette règle : baisse de participation aux associations, désengagement des citoyens dans leur quartier ou dans les clubs, tout est directement corrélé à la diversité de la société. Même le consentement à l’impôt, nécessaire pour soutenir un État social de plus en plus gourmand, est directement menacé : pourquoi verser le fruit de notre travail aux autorités publiques pour que celles-ci redistribuent notre argent à des gens que nous ne reconnaissons pas comme les « nôtres » ? Une certaine fascination pour des figures comme Javier Milei en Europe s’inscrit certainement dans cette ambiance générale. Créée et approuvée par des gauchistes incapables de sortir de leur militantisme outrancier, la situation les met désormais face aux conséquences de leur propre politique !
Cette étude, vieille de vingt ans, éclaire pourtant bien des réalités actuelles. Bien que produite dans un contexte américain, Putnam lui-même, étonné par ses propres résultats, vante dans un second temps les bénéfices de la multiculturalité pour les États-Unis, comme pour tempérer un peu l’énormité de ce qu’il venait de découvrir. Mais quid de l’Europe ? Là où Putnam souligne la richesse économique et culturelle de l’immigration aux USA, les rues de Molenbeek viendraient aujourd’hui largement tempérer son optimisme s’il s’était agi d’une étude effectuée chez nous. De même, les chiffres concernant le CPAS, le chômage et l’inactivité chez les étrangers extra-européens en Belgique, ou d’autres données similaires, modèrent les projections idéalisées que Robert Putman pouvait avoir de sa réalité made in USA
La machine à produire de la propagande diversitaire en Europe est contredite par le réel et par des données analysées sérieusement. L’article de Putnam date, mais ses conclusions restent essentielles pour envisager sérieusement l’avenir d’un État-providence et d’un vivre-ensemble que, paradoxalement, tout semble contribuer à fragiliser.
Le tout, c’est de ne pas se laisser emporter par la bêtise de ceux qui prennent l’Europe pour un laboratoire et qui ne comprennent pas que dans leurs éprouvettes, se trouvent des produits hautement inflammables ! Face aux mensonges d’une caste pseudo-intellectuelle qui se croit plus intelligente que tout le monde, un peu de sérieux ne ferait pas de mal !
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