Vivre sans de Frederic Lordon

Publié le 16 avril 2026 à 13:37

Information

Vivre sans institutions. Sans police. Sans travail. Sans argent. Sans identité. Est-ce bien possible ?

C’est ce dont parle le fameux « Vivre sans » édité à La Fabrique. Écrit par Frederic Lordon, directeur de recherche au CNRS et véritable aiguillon de la pensée d’extrême gauche en France, il fut une apparition médiatique remarquée lors des évènements de Nuit Debout dont on se remémore à peine ces images d’Épinal où ces assemblées de punks à chiens et d’étudiants en quête d’idéal révolutionnaire refaisaient le monde au cœur de Paris. Je dois bien vous faire une confession : dès que Lordon sort un bouquin, je m’empresse d’aller l’acheter pour le parcourir avec attention. Une autodiscipline que je m’oblige à suivre doctement, et qui permet de comprendre certains codes de l’entre-soi gauchiste qui échappent aux non-initiés.

À l’occasion de son dernier ouvrager, Lordon revient sur l’expérience de la ZAD (pour Zone à Défendre) qui est un type de squat à vocation politique passant par l’occupation d’un terrain ou d’un immeuble. On pense à la ZAD de Nantes, qui en plus de s’opposer à l’installation de l’aéroport de Notre-Dame des Landes, prétendait créer une société nouvelle.

Destituer pour ne pas restituer

C’est d’ailleurs la prétention d’un mouvement qui voulait faire table rase de tout ce que la société « bourgeoise » avait institué. Destituer, pour ne pas réinstituer : voilà résumé le projet fou de centaines de militants de la gauche anticapitaliste. Le programme est connu, et ce n’est pas pour cela que la lecture de l’ouvrage est fascinante. Derrière une phraséologie proche de l’illisibilité, alors que sa plume avait été élégante jusque-là dans ses livres précédents ou dans ses contributions au Monde Diplomatique, Frederic Lordon écrit à ses amis zadistes, anticapitalistes et révolutionnaires de France et d’ailleurs. Circonvolutions permettant de tourner autour du pot et nourries jusqu’à l’écœurement d’allers et retours incessants, le voilà ramené à cette vérité toute bête : non, nous ne pouvons pas vivre sans tout ce que nous prétendons jeter par-dessus bord.

Fini de rêver les mecs ! Ce n’est pas en jouant les punks autour d’un brasero qu’on va renverser le capitalisme ! Ce n’est pas en se roulant en pétard qu’on va faire disparaître la finance devenue folle. C’en est presque jouissif tant la leçon se pare de tout le formalisme académique pour expliquer l’ampleur de la bêtise d’une extrême gauche vautrée dans l’abrutissement généralisé.

La torture pour réguler la société

On sent le malaise, et la tentative de Lordon de ramener tous ces rêveurs à la réalité fait sourire. C’est qu’ils vont prendre la mouche, à se voir réhabiliter le rôle majeur des institutions, eux qui pensaient tout pouvoir mettre par terre et vivre le grand Soir toute la journée ! Le coup de grâce arrive sans doute avec l’évocation d’un ouvrage d’anthropologie sur les sociétés sans État. Pierre Clastres, bien connu du milieu, est abondamment cité sans que personne ne relève son chapitre 10 : il y montre qu’une société ne peut pas se passer de normes (avis aux LGBTQXYZ++), au point d’instituer des systèmes de tortures ultra-violents comme vecteurs de régulation sociale.

C’est le retour du bâton dans la tronche de cette bande d’ignares donneurs de leçons à qui Lordon s’adresse difficilement. On en a presque de la peine pour lui, tant le bon sens de son propos ne méritait pas 280 pages noircies à l’excès pour expliquer l’évidence. Quand l’extrême gauche parle à l’extrême gauche, on se réjouit d’être dans les coulisses pour savourer le moment ! On se dit aussi que cet univers politique est malade, au point de devoir être rappelé à l’ordre pour ses excès intellectuels incessants. On se dit que rien que pour cela, on n’est pas volé pour la modique somme de 14 euros. Surtout si cela vous permet à vous de ne surtout pas l’acheter !

Ajouter un commentaire

Commentaires

Il n'y a pas encore de commentaire.