Un champ de ruine : voilà ce que la double explosion du port de Beyrouth a fini par faire apparaître sur nos écrans. Une vue apocalyptique et spectaculaire qui rend désormais palpable un effondrement complet qui ronge la société libanaise depuis plus longtemps encore, et que le fracas retentissant du nitrate d’ammonium n’a pas fini de faire trembler les téléspectateurs abasourdis des chaînes d’informations du monde entier Les souvenirs de la « Suisse du Moyen-Orient » ont définitivement fini de s’évaporer, laissant à peine une montagne de gravas en guise de rappel des temps heureux. Le Liban s’effondre sur lui-même, sans que l’argent débloqué -250 millions d’euros - ne changent la face du monde pour ce pays meurtri.
De l’argent lancé avec désespoir dans ce puits sans fond d’une économie exsangue où s’est déjà perdu l’espoir des jours meilleurs. Le Liban ne s’est jamais remis de quinze années de déchirement qui auront durablement marqués les corps et les cœurs, et dont les cicatrices n’auront jamais été refermées. Comment un pays qui avait tout pour lui a-t-il pu en arriver à ce stade-ci de pourrissement généralisé ? C’est la question que devraient se poser l’Europe que de nombreux Libanais regardent désormais, incrédules. Avec cinquante ans d’avance - peut-être moins - le scénario à la libanaise risque de se produire ici. En effet, de nombreux maux dont souffre le pays des Cèdres sont en germes de ce côté-ci de la Méditerranée. Communautarisme, mauvaise gouvernance, islamisme galopant et modèle économique insoutenable : le cocktail est explosif ! Alors que l’Europe se vide économiquement de l’intérieur et se remplit démographiquement de l’extérieur, l’heure du bilan risque de faire très mal. Pays dominé par la communauté maronite, proche de l’Occident et ouvert sur le monde, le Liban se désespère de voir ses nombreux chrétiens s’éloigner de ses rives.
Le Hezbollah tout puissant, et l’islamisme galopant dans une région dont l’instabilité est totale, ne risquent pas de motiver l’immense diaspora libanaise de rentrer au bercail. Une leçon pour l’Europe ? C’est comme cela que de nombreux Libanais voient les choses : surtout, qu’ils le disent haut et fort à ceux qui préfèrent ignorer la situation par confort, ou par lâcheté, à Bruxelles, Paris, Londres ou Berlin. A ces imbéciles de communautaristes, qui plein de prétention, prétendent inventer le monde de demain : votre rêve est là, et il est un cauchemar. La « libanisation » est sans doute le concept politique le plus à même de comprendre le glissement d’une civilisation florissante vers le bidonville continental que l’Europe voit grandir sous ses yeux impuissants. À ceux qui doutent, qu’ils se demandent ceci : comment un pays aussi prospère que le Liban, berceau civilisationnel et lieu de coexistence relativement pacifique entre des communautés religieuses différentes, a-t-il pu soudainement s’embraser, faisant de ses avenues des champs de bataille, et transformant ses écoles en casernes. Comment nos bien-pensants peuvent-ils être si sur d’eux en se rassurant que l’Europe ne connaitra jamais un tel drame ?
Comment le peuvent-ils encore, alors que le Liban est là pour leur rappeler toute l’absurdité de leurs certitudes ?
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